les activités physiques et sportives

mieux comprendre les enfants trisomiques

en les évaluant dans leurs différences sportives

article paru dans GEIST SOLEIL N°11

Juin 1997

 

 

Frédéric DELORME enseigne les Activités Physiques Adaptées depuis 10 ans. II est chargé de mission à la Fédération Française de Sport Adapté. II intervient pour des formations pour le ministère Jeunesse et Sports ainsi que pour la Fédération des Associations pour l'Insertion Sociale des personnes porteuses d'une Trisomie 21 (FAIT 21). Dans cet article, il nous décrit sa manière d'aborder l'enseignement des activités physiques et sportives avec de jeunes porteurs d'une trisomie 21.

 

Les classes spécialisées sont‑elles vraiment spéciales?
Oui, du fait de certaines capacités limitées des enfants reçus, de leur façons particulières d'agir, d'appréhender le monde. Une approche, un contenu particulier sont donc obligatoirement nécessaires.

Certains intervenants n'ont pas été formés pour le faire, ils se sentent démunis, ils ont des difficultés à concevoir ce que les enfants trisomiques peuvent apprendre et faire en Education Physique et Sportive.

Bien souvent, nous entendons dans les établissements, dans les classes, des réflexions particulières : « Que faire d'eux ? ils ne m'écoutent pas... ils courent partout ...ils ont chaud... ils sont fatigués ...ils ne savent rien faire... »

 

II est actuellement indispensable que nous essayions de comprendre les possibilités et les limites de chacun pour proposer des Activités Physiques et Sportives adaptées dans le cadre à la fois scolaire et familial, en partant des trois bases suivantes

• Les temps de discussion : institutrices et éducatrices peuvent ainsi mieux connaître les enfants et leur profil général d'agissement. Dans chaque classe, les enfants peuvent être atteints de déficiences diverses associées qui entraînent des comportements particuliers.

• La connaissance de leurs compétences intellectuelles permet de donner aux enfants des consignes qu'ils comprennent.

• Certains enfants sont capables de prendre des responsabilités, il est possible de leur confier quelques petites consignes simples (rangement de matériel, mise en place d'ateliers...) Certains sont entêtés et ont parfois des réflexions blessantes pour les autres et vulgaires pour nous. II semble important de ne rien laisser passer.

II faut ensuite développer des attitudes propices à la bonne marche des activités physiques pour bien faire participer l'enfant trisomique.

 

PATIENCE ET TOLERANCE

 

II faut travailler avec patience, car nous devons nous contenter de petites victoires... On se décourage facilement, car il est difficile d'admettre les déficiences nombreuses, les limites des enfants, leur lenteur et leur non réceptivité. Mais le problème existe peut être simplement parce que nous sommes pressés d'obtenir des résultats. II ne faut plus compter en heures mais en jours pour voir apparaître quelques transformations.

 

La tolérance se situe en rapport avec certains événements : les écoulements nasaux, l'incontinence, les manifestations sexuelles, les effets médicamenteux, les vies familiales, etc...

 

 

LE RIRE

En essayant de faire découvrir les joies de l' activité physique, il faut apprendre à rire des petits inconvé­nients. Faire des blagues, jouer des tours, faire le clown, s'extérioriser devant les petites réussites, chan­ter, siffler des airs, car les enfants adorent l'association musicale et cela les calme.

Ainsi, on attire leur attention de façon agréable, on communique avec eux et il devient plus facile de pra­tiquer une action physique ludique et spontanée.

 

LA REPETITION

 

Ils apprennent à force de répéter les mêmes actions. II est nécessaire d'adopter « des routines » de début de cours : (mettre sa tenue de sport, aller dans le gymna­se, quand tout le monde est prêt, prendre une place attitrée, attendre un signal...).

II ne faut pas avoir peur de perdre beaucoup de temps, au début, pour l'acquisition de ces comportements. J'ai souvent passé un cours complet pour leur apprendre à s'habiller avec une certaine efficacité. Est‑ce découra­geant ? Peut ‑être, mais n'est ce pas le début d'une certaine autonomie que de savoir s'habiller ?

 

L’ENCOURAGEMENT

 

Les enfants adorent les compliments, ainsi il faut leur dire que leur tenue est correcte, que leur gestes sont cor­rects, qu'ils pratiquent en progressant ce qui est proposé.

II faut adopter des comportements non verbaux de félicitation, comme leur taper dans la main, toucher l'épaule...

 

LA COMMUNICATION AVEC LES COLLEGUES ET LES PARENTS

 

On oublie souvent de se confier aux personnes qui tra­vaillent également avec les enfants en leur disant par­fois, notre désarroi, notre ennui à répéter les mêmes choses, notre fatigue...

Partager avec d'autres les expériences vécues aide à se sentir moins isolé et à accepter ce contexte déroutant. Cela nous donne « le coup d'élan » pour repartir du bon pied, motivé.

 

L’ADAPTATION

 

II faut oser sortir des routes tracées et se permettre d'en essayer de nouvelles. J'ai eu souvent, à modifier le contenu des séances et les façons de faire. II m'est arri­vé de me promener dans des couloirs, juste pour apprendre aux enfants à circuler, et découvrir qu'ils ne pouvaient descendre facilement des escaliers.

 

Le but consiste à présenter un programme adapté, accessible à chacun, à son rythme et à son niveau en maîtrisant certains gestes moteurs de bases et en rete­nant certaines idées qui semblent importantes

 

- Ne pas oublier de proposer à chaque enfant un objectif très minime et seulement un à la fois.

Ex : en « manipulation », avant de penser qu'un enfant attrape une balle, il faut qu'il soit en mesu­re d'aller la chercher quand elle est au sol et qu'il puisse la suivre des yeux. Ainsi dans un groupe, tous peuvent réaliser la même action : « recevoir » mais en fonction de leurs capacités.

 

- Adapter le matériel : (perche pour le vélo ‑ Aide de cordes et harnais pour l'équilibre, etc ...)

 

- Élaborer un projet simple alliant repère éducatif et pédagogique liés à l'Activité Physique Adaptée.

 

- Prendre en compte l'hétérogénéité de chacun (niveau psychologique, physiologique, physique) lors des périodes de pratique de l'activité.

 

- Visualiser les compétences propres de chacun; l'adulte qui intervient, l'enfant qui pratique.

 

 

Ces compétences peuvent être évaluées sous forme de 4 niveaux, à travers les Activités Physiques Adaptées, les temps scolaires, les temps éducatifs et les ateliers d'éveil (vécu familial)

 

 

ACTIVITÉS PHYSIQUES ADAPTÉES

SCOLAIRE

EDUCATIF

  Niveau 1

Assumer simplement des

règles sportives dans des

situations variées.

Lire seul, et utiliser les com-

pétences scolaires.

Utiliser du matériel en com-

plète autonomie.

  Niveau 2

Comprendre des règles

simples, savoir contrôler ses

actions.

Respect des lois de fonction-

nement de la classe.

Respecter les règles d'hygiè-

ne et de sécurité.

  Niveau 3

Jouer et participer en res-

pectant les autres et les

règles simplifiées.

Respect des horaires, respect

du groupe, respect des cycles

proposés.

Comprendre les règles d'hy-

giène et les assimiler.

  Niveau 4

Se déplacer seul d'un point à

un autre (distance courte).

Se situer par rapport au

groupe.

S'habiller.

 

L'essentiel du travail va concerner

• La maîtrise des règles et leur rôle : agir en fonction des consignes données par l'adulte.

• La situation dans l'emploi du temps : situer les différentes étapes dans l'année, savoir quand il y a piscine, ou V.T.T. ou judo, ou foot.

• La réalisation d'une production en fonction d'une intention : j'entends, je regarde, la démonstration et je réalise.

• L'énumération des outils techniques des Activités Physiques et Sportives : reconnaître et nommer le matériel, savoir à quoi il sert comment on l'utilise.

• La réalisation de déplacements de manière autonome : orientation, dénivelé en V.T.T., verticalité en escalade, distance en natation, difficulté d'exécution aux agrès etc...

 

 

mieux comprendre les enfants trisomiques en les évaluant dans leurs différences sportives

Tous ces éléments peuvent être plus ou moins appro­fondis lors de cycles précis codifiés ou lors de réunion en famille de week end.

Pour les enfants ayant plus de difficulté face à ce fonc­tionnement du matériel adapté et des actions simpli­fiées et individualisées peuvent venir renforcer les pre­mières découvertes.

Trois domaines d'activités me semblent permettre d'évaluer les différences sportives de l'enfant triso­mique

 

• Les activités et jeux d'adaptation me semblent mieux permettre d'évaluer les différences spor­tives de l'enfant trisomique au milieu physique. Exemple : athlétisme, natation ...

• Les activités de maîtrise corporelle et d'expres­sion. Exemple : gymnastique sportive, gymnas­tique rythmique et sportive...

• Les activités et jeux reposant sur la coopéra­tion et l'opposition. Exemple :jeux et sports col­lectifs, jeux de combat.

 

 

qui vont entraîner

• L'apport direct de connaissance pour l'enfant sur un monde impositif : c'est une phase d'ac­quisition.

• La favorisation de la découverte en appuyant sur l'attrait du jeu (imaginaire et créativité)

c'est la phase de création.

• L'élaboration progressive des savoir‑faire et des savoirs par l'enfant : c'est la phase d'organi­sation autonome.

L'objectif consiste à proposer à chacun des enfants de pratiquer une activité physique spontanée, à son ryth­me et adaptée à sa déficience, en recherchant à lui faire découvrir, les balbutiements de l'opposition (pre­mier rapport avec l'esprit compétitif).

 

Frédéric DELORME

 

 

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